Olivier Delamarche & Pierre Sabatier : comment la baisse du pétrole peut déclencher le krach

29/12/2014 - 15:44 - Sicavonline (mis à jour le : 19/06/2015 - 18:17)



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Olivier Delamarche, associé-gérant de Platinium Gestion, et Pierre Sabatier, président du cabinet d’analyse économique PrimeView, estiment que la chute de 40 % des cours pétroliers en l’espace d’un semestre peut sonner le glas des marchés actions… mais aussi de l’immobilier de luxe et du marché de l’art.


Olivier Delamarche, associé-gérant de Platinium Gestion, et Pierre Sabatier, président du cabinet d'analyse économique PrimeView, étaient les invités de « l'œil du Pro » sur Sicavonline en cette fin 2014. Les deux membres fondateurs des Econoclastes considèrent que le stupéfiant affaissement des cours du pétrole observé depuis juin dernier est beaucoup plus qu'un de ces spasmes périodiques et au final anecdotiques qui agitent les marchés financiers. Il marque à leurs yeux une possibilité de véritable rupture aux conséquences désagréables pour les investisseurs.

Pourtant, il est incontestable que la baisse des prix pétroliers finira par alléger la facture énergétique des entreprises et constituera une bonne nouvelle pour le porte-monnaie des ménages –« à terme, pour les pays consommateurs il est certain que vous aurez un peu de pouvoir d'achat en plus pour les ménages, » concède Olivier Delamarche.

Du reste, les dernières statistiques américaines semblent déjà, selon certains commentateurs, corroborer cette incidence positive. La croissance américaine a atteint au troisième trimestre en dernière estimation + 5 % en rythme annualisé (contre 3,9 % avant révision), soit son niveau le plus haut depuis 11  ans, grâce à une bonne tenue de la consommation (+3,2 %) et un investissement des entreprises en progression de + 8,9 %.

La croissance américaine bientôt pénalisée ?


Mais Olivier Delamarche invite à la prudence. A force de baisser, les cours du pétrole rejoignent des niveaux susceptibles de faire caler l'un des principaux moteurs de la croissance américaine : le développement de la production de pétrole de schiste.

En effet pour Olivier Delamarche et Pierre Sabatier la baisse des cours du pétrole est à regarder à deux fois et l'est d'autant plus dans la mesure où l'Arabie saoudite s'efforce de l'amplifier afin d'évincer les nouveaux entrants dans le club des producteurs au premier rang desquels les Etats-Unis qui, à la faveur du développement des hydrocarbures de schiste, seront bientôt en passe d'être totalement affranchis de la tutelle énergétique saoudienne. 

« Les Etats-Unis sont les leaders en ce qui concerne les pétroles et les gaz de schiste, »  souligne Olivier Delamarche. « Pourquoi les gaz et pétrole de schiste ont pris leur essor ces trois dernières années ? Pas parce qu'on ne les connaissait pas avant, mais tout simplement parce qu'il y a eu une opportunité à cause des prix pétroliers. Ces projets qui n'étaient pas rentables sont devenus rentables, » passé les 80 dollars le baril. 

Or, pour Delamarche et Sabatier, le boom du pétrole de schiste n'a pas contribué que symboliquement à la croissance américaine. Tout au contraire.

« On a fait des projets d'investissements massifs [dans le pétrole de schiste] aux Etats-Unis pour les prochaines années, » insiste Olivier Delamarche. « Il y a des prévisions de CAPEX énormes (NDLR : CAPEX soit capital expenditures ou dépenses d'investissement en français) sur des projets gigantesques mais fondés sur des cours à plus de 100$. Ceux là vous pouvez mettre une croix dessus. »

La baisse du pétrole : un risque pour les banques


Mais le danger vient aussi selon l'associé-gérant de Platinium Gestion du mode de financement des projets dans le pétrole de schiste, financement qui repose principalement à l'en croire sur de l'emprunt. Une bonne part des obligations High Yield disponibles sur le marché seraient émises par des exploitants du pétrole de schiste. 

Et Delamarche de pronostiquer que la baisse du pétrole entraînera une réaction en chaîne outre-Atlantique. « Ça va faire des trous non seulement dans ces sociétés qui vont probablement faire faillite dans les mois à venir et ça va faire des trous dans les banques qui ont prêté à ces entreprises. »  De quoi faire sévèrement ahaner « ce qui a été le moteur de la petite reprise américaine. »

La chute des prix pétroliers sonne le glas de la bourse, du marché de l'art et de l'immobilier de luxe


De son côté, Pierre Sabatier se dit «  curieux de voir effectivement l'impact que tout ça va avoir sur la valorisation des marchés. Parce que sur quoi repose la hausse des marchés, qu'il s'agisse des marchés de l'art, des marchés de l'immobilier de luxe ou une partie des marchés actions ? » La réponse au dire de l'économiste de PrimeView est à chercher dans les fortunes accumulées par les producteurs de pétrole avec un baril majoritairement au-dessus des 85 dollars depuis cinq ans.

« Est-ce que vous connaissez les montants d'excédents courants] accumulés depuis 2009 par les pays producteurs de pétrole ? Ils représentent plus de 1000 milliards de dollars, »  assène Sabatier. Une manne qui a été investie par nombre de pays producteurs de pétrole dans leurs systèmes sociaux, si bien que « beaucoup de pays producteurs vont passer en déficit public parce qu'ils dépensent plus que ce qu'ils ne gagnent » avec un pétrole 40 % moins cher qu'en juin. 

Quant aux marchés de l'art, de l'immobilier de luxe, ou la bourse, le reflux des prix pétroliers pourrait être leur chant du cygne, car si l'on a pu justifier leur hausse ou leur maintien à des niveaux stratosphériques par l'abondance des pétrodollars, le tarissement de la manne pétrolière devrait en toute logique justifier leur baisse. 

Sur « le marché de l'immobilier de luxe, il  n'y a déjà plus beaucoup de transactions à Paris, alors il y en aura encore moins, » prophétise le président de PrimeView. « On peut aussi s'interroger sur la soutenabilité des prix de l'immobilier à Londres où l'on a eu un afflux de pétrodollars de Russes, de Qataris, etc… De gens qui sont venus non seulement subventionner, soutenir les prix de l'immobilier [de luxe] (…) mais aussi la valorisation des marchés actions », notamment américain, et du marché de l'art.Car il ne fait pas de doute aux yeux Pierre Sabatier que les marchés de l'art et la bourse américaine sont en bulle.  A l'appui de sa démonstration, deux indicateurs : le ratio prix sur chiffre d'affaires du S&P 500 (NDLR : combien d'années de CA une entreprise est-elle valorisée) est « à peu près au même niveau qu'en 2000 et 2007 », années records en matière d'excès de valorisation. Par ailleurs, « les PER, les ratios cours/bénéfices réalisés par les entreprises ré-atteignent les niveaux historiques hors éléments cycliques de 1929 et de 2007. Seules les années 2000 ont vu des niveaux de valorisation aussi élevés. »

Au dire de Pierre Sabatier, la bourse américaine se retrouve partant au regard de sa valorisation en situation de vulnérabilité face à la disparition de deux de ses principaux carburants, puisque que l'on assiste d'une part à « la disparition du QE –Mme Yellen n'achète plus ou en tout cas achète moins d'obligations d'Etat et du coup déporte moins l'épargne privée vers les marchés actions » ainsi que d'autre part à la réduction des flux de pétrodollars avec la baisse du pétrole.

Pour Sabatier et Delamarche, « le risque est bien là : une sortie par le bas des marchés qui brutalement prennent conscience qu'ils ont perdu deux de leurs principaux soutiens en termes de valorisation. »

Afin de visionner l'intégralité de l'interview d'Olivier Delamarche et de Pierre Sabatier, cliquez sur la vidéo ci-dessus.

Olivier Delamarche est associé-gérant de Platinium Gestion, société de gestion qu'il a fondée en 2005 avec Jean Borjeix. Tout d'abord analyste chez PINATTON, Olivier Delamarche deviendra par la suite Sales et Trader de fonds propres, toujours chez PINATTON, puis chez WARGNY et LEVEN. Olivier Delamarche intervient hebdomadairement sur BFM Business, où ses analyses décapantes et à rebrousse-poil ont trouvé une large audience. Olivier Delamarche est par ailleurs membre fondateur des Econoclastes (www.leseconoclastes.fr) aux côtés entre autres de Philippe Béchade et Pierre Sabatier.

 

Pierre Sabatier Ingénieur agronome de formation (diplômé d'AgroParisTech), Pierre Sabatier a entamé sa carrière en qualité de stratège en finance de marchés pour JCF Group puis FactSet. Il occupera par la suite les fonctions de gérant de portefeuilles et responsable de la stratégie au sein de la société de gestion Pythagore Investissement. En 2009, Pierre Sabatier fonde avec Jean-Luc Buchalet le cabinet indépendant de recherche économique et financière PrimeView, dont il est aujourd'hui président. Avec Olivier Delamarche, Philippe Béchade et d'autres partenaires, il lance en 2014 les Econoclastes (www.leseconoclastes.fr) aux côtés entre autres de Philippe Béchade et d'Olivier Delamarche.

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