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Réforme des retraites : un rapport trop ambitieux ?

05/06/2013 - 09:32 - Sicavonline - Philippe Crevel - Cercle des Epargnants



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Réforme des retraites : un rapport trop ambitieux ?

En décembre 2012, le Conseil d'Orientation des Retraites (COR) entérinait la nécessité d'une réforme du système des retraites en annonçant un déficit de 20 milliards d'euros à l'horizon 2020. Le Gouvernement, ayant pris acte de la zone de turbulences qui s'annonçait, avait alors mandaté une commission chargée de formuler des propositions. La commission ad hoc a remis ses recommandations quant à « l'avenir des retraites en France ». Philippe Crevel, Economiste et Secrétaire Général du Cercle des Epargnants, analyse les solutions avancées dans le rapport Moreau.

La « Commission pour l'avenir des retraites » installée le 27 février dernier par le Premier Ministre avait reçu comme mission d'établir des propositions que le Gouvernement pourrait le cas échéant retenir en vue d'une négociation avec les partenaires sociaux.

Les pistes officieuses de cette commission semblent pour certaines d'entre elles être en phase avec les lignes de force retenues par le Gouvernement (durée de cotisation) et pour d'autres plus ambitieuses et sujettes à la polémique. Ce rapport a pour vocation de servir de base de négociation et ne sera pas a priori repris en tant que tel dans le texte qui sera soumis au Parlement à l'automne.

Les retraités ne sont pas à la fête

Le Gouvernement osera-t-il à quelques mois des élections municipales s'attaquer aux retraités en alourdissant leurs prélèvements ? Le rapport soulève les niches fiscales et sociales dont bénéficient les retraités dont le montant total est évalué à 14 milliards d'euros.

Il est ainsi proposé de supprimer l'exonération d'impôt de 10% pour frais professionnels dont bénéficient les retraités (cette mesure rapporterait 2,7 milliards d'euros) ou de fiscaliser les majorations de 10% pour les parents de trois enfants et plus.

Il est aussi suggéré d'aligner le taux de CSG des retraités aisés sur celui des actifs. Aujourd'hui le taux de CSG sur les retraités assujettis à l'impôt sur le revenu est de 6,6 % contre 7,5 % pour les actifs. Cette mesure rapporterait environ 1,2 milliard d'euros. Les retraités bénéficiant des minima sociaux sont exonérés de CSG et ceux qui acquittent un impôt sur le revenu inférieur à 61 euros sont soumis à un taux de 3,8 %. 49 % des retraités seraient concernés par le passage de 6,6 à 7,5 %.
Il est précisé dans le rapport que ces mesures ne sont pas forcément cumulatives.

Allongement de la durée de cotisation

Sans surprise, Yannick Moreau indique qu'il faudra travailler plus longtemps. Si elle ne choisit pas entre allongement de la durée de cotisation et report de l'âge légal, sa préférence semble aller à la première. La durée actuelle est de 41,5 années. Le principe actuel est que l'allongement de l'espérance de vie est réparti deux tiers pour la durée de cotisation et un tiers pour la retraite. Il pourrait être décidé d'accélérer le passage à 42 voire à 43 ans.

Hausse des cotisations patronales

Au moment où le MEDEF est en pleine campagne électorale, la proposition d'augmenter les cotisations risque d'entraîner quelques débats. Il est proposé de relever de 0,3% de la cotisation patronale déplafonnée, qui augmenterait ainsi de 1,6% à 1,9%. Cette mesure pénaliserait le facteur travail. Il faut déjà souligner que la réforme de l'été 2012 sur le retour partiel de la retraite à 60 ans a prévu une augmentation des cotisations retraite (0,1 point sur la part salariale et la part patronale). En augmentant de 0,3 %, le gain serait supérieur à 2 milliards d'euros.

Désindexation

Pour les actifs, le rapport prévoit d'instaurer une sous-indexation de leurs salaires (portés au compte) pour le calcul de la retraite. Cette mesure est indolore mais terriblement efficace pour diminuer les pensions qui seront versées ultérieurement. La désindexation par rapport aux salaires en 1993 a entraîné une baisse du taux de remplacement de 10 points.

Cette mesure s'inscrit dans le prolongement de l'accord sur les complémentaires du mois de mars dernier.

Modification des règles de calcul des retraites des fonctionnaires

Autre sujet brûlant, le rapport propose de calculer les pensions des fonctionnaires sur la base des traitements des 10 dernières années, et non plus des six derniers mois. Pour information, la retraite mensuelle moyenne est de 1256 euros pour le régime général, de 1937 euros pour la fonction publique d'État, de 2104 euros pour les retraités de la RATP et de 1840 euros pour ceux de la SNCF (chiffres 2011 - DRESS).

Pour faire passer cette modification substantielle, les primes seraient mieux prises en compte dans le calcul. Il faut noter qu'en 2003, le régime additionnel de la fonction publique a été institué pour permettre aux fonctionnaires de cotiser sur leurs primes.

Pénibilité

Au sujet de la pénibilité, le rapport Moreau propose deux solutions: mettre en place des congés de fin de carrière ou un système d'acquisition de suppléments de retraite. Le rapport retient deux types de situation de travail pénible: le travail de nuit et l'exposition à des substances cancérigènes.

Avantages familiaux et égalité homme - femme

Conformément aux souhaits du Gouvernement, la Commission Moreau a travaillé sur des mesures visant à réduire les inégalités hommes/femmes en matière de pension. La retraite moyenne des femmes représente 72 % de celle des hommes (58 % pour les droits directs en 2011). Néanmoins, l'écart tend à se réduire du fait de carrières plus complètes.

Le rapport Moreau demande une refonte des avantages familiaux liés au nombre d'enfants. Ce système, proportionnel au niveau de la pension, favorise en effet plus les hommes que les femmes.

Philippe Crevel, Economiste et Secrétaire Général du Cercle des Epargnants

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