1. Bourse & Sicav
  2. L'économie pour investir
  3. La FED change de ton : à quoi s'attendre ?

La FED change de ton : à quoi s'attendre ?

21/06/2013 - 19:38 - Sicavonline (mis à jour le : 24/06/2013 - 10:03)



Lettre d'info gratuite

 
Imprimer cet article

 
Augmenter la taille du texte

 
Réduire la taille du texte

 
Envoyer cet article

 
Fil RSS Sicavonline

 
Partager sur Facebook

 
Publier sur Twitter

 
Suivre @sicavonline




La FED change de ton : à quoi s'attendre ?

FED : La planche à billet tournera moins aux USA

Ben Bernanke, le patron de la FED, a indiqué comment et à quelle échéance la Réserve Fédérale des Etats-Unis comptait sortir de sa politique monétaire ultra-accommodante (QE), provoquant par là-même une correction brutale de la bourse et des marchés obligataires. Que change la fin annoncée du QE pour les investisseurs ? Nous avons posé la question à Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance, et à Abbas Benboubker, gérant chez Oaks Field Partners.

La FED, par la voix de Ben Bernanke, a indiqué qu'elle réduirait ses achats de titres d'ici la fin de l'année et qu'elle y mettrait sans doute un terme mi-2014 pourvu que le taux de chômage outre-Atlantique repasse sous 7 %. Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Abbas Benboubker (Oaks Field Partners) : Les marchés financiers réagissent négativement à l'annonce, pourtant anticipée, d'un ralentissement du rythme du stimulus monétaire aux Etats-Unis. La Réserve Fédérale conditionne son retrait à une amélioration de l'économie ou à un retour de l'inflation vers les 2%. Mais la «Fed», par ce changement, répond aussi aux critiques sur les effets de sa politique monétaire, et notamment l'alimentation de l'inflation sur les prix des actifs financiers, l'immobilier et les matières premières. Elle est indirectement accusée d'alimenter le risque d'instabilité, et donc de volatilité, sur les marchés financiers.

La bonne nouvelle, est la prise de conscience des investisseurs que le soutien sans fin des banques centrales n'est pas garanti et que leurs actions accommodantes ont des limites, freinant ainsi la prise de risques excessifs d'intervenants sur les marchés financiers. Les dernières annonces ne permettent pourtant pas d'établir avec certitude que la Réserve Fédérale pourra mettre fin aussi simplement à son programme d'achats d'obligations, le «Quantitative Easing» (QE).Les risques sur la croissance mondiale sont importants aussi bien en Asie (ralentissement chinois), qu'en Europe ou en Amérique Latine (Brésil et Mexique), et l'économie américaine continue d'affronter l'implémentation automatique du plan de redressement des finances publiques (séquestres).

Apres plusieurs années de stimulus monétaire agressif, la «Fed» souhaite s'engager dans une phase de communication accrue pour tenter de sortir de sa politique monétaire ultra accommodante (exit stratégie). La gestion des anticipations des marchés financiers et l'impact sur l'économie réelle représentent un défi important pour la deuxième moitié de l'année 2013.

Gustavo Horenstein (Dorval Finance) :Le fait que la Réserve Fédérale réduise progressivement le rythme des achats d'obligations parce que l'économie américaine va mieux est en soi une bonne nouvelle. La décision de la FED est logique et n'est qu'une étape sur la voie de la normalisation de la politique monétaire. D'ailleurs arrêter de faire grossir le bilan de la Fed de 85 Md$ par mois n'implique pas que ce dernier va se réduire rapidement. La Fed peut maintenir son bilan à un niveau inchangé en réinvestissant les tombés. En ce qui concerne la hausse du taux d'intérêt directeur, actuellement entre 0% et 0.25%, elle n'aura lieu qu'en 2015 au plus tôt, si le taux de chômage passe sous la barre des 6.5% contre 7.6% actuellement.

Est-ce que la FED ne sous-estime pas l'impact négatif d'une remontée des taux sur un immobilier américain convalescent et dont le redressement constitue l'une des clefs de la poursuite de la reprise aux Etats-Unis ?

Gustavo Horenstein : C'est clairement le risque du changement en cours. La Fed doit piloter la remontée des taux pour qu'elle accompagne la reprise sans la tuer dans l'œuf. C'est pourquoi Ben Bernanke, le gouverneur de la Réserve Fédérale, a rappelé que cette dernière pouvait augmenter à nouveau le rythme d'achat de titres, notamment hypothécaires, si la reprise économique ne se déroule pas comme prévue.

Abbas Benboubker :L'immobilier et le secteur de la construction (17% du PIB) furent les principaux moteurs de la croissance aux Etats-Unis sur les trois dernières années, l'effet richesse lié à la hausse des prix de l'immobilier a contribué au soutien de la consommation et la confiance des ménages. Par ailleurs, le dynamisme du secteur de la construction a contribué à la baisse du taux chômage, qui malgré l'amélioration récente, reste élevé (NDLR : le taux de chômage aux Etats-Unis est remonté à 7,6 % en mai.) Une forte hausse des taux d'intérêt peut influer négativement sur la demande et les prix avec des répercussions importantes sur la consommation et le secteur bancaire. Les taux restent cependant encore bas malgré leur récente remontée.

Les niveaux actuels de taux d'intérêts restent supportables (autour de 4% à 30 ans en hausse de 0.6% depuis un mois) mais on commence à constater une stabilisation de la demande de crédits immobiliers (enquête MBA). Il faudra observer attentivement la réaction des ménages à l'annonce de la banque centrale, elle peut générer une accélération de la demande de crédit immobilier à court terme en anticipation de taux d'intérêt plus élevés en 2014.

Les marchés émergents ne sont actuellement pas à la fête, et d'après certains commentateurs le changement d'orientation de la politique monétaire US n'y serait pas étranger. Pourquoi ?

Gustavo Horenstein :La politique monétaire actuelle de la banque centrale américaine a incité les investisseurs à rechercher du rendement par tous les moyens. Une des conséquences a été des afflux massif de capitaux vers les marchés financiers émergents, notamment les marchés obligataires. Maintenant, que la visibilité sur cette politique diminue, les investisseurs réduisent leur position en actifs émergents. Couplé au pessimisme sur la croissance chinoise, il n'en fallait pas plus pour provoquer une vente massive sur cette classe d'actif.

Abbas BenboubkerLes marchés actions émergents baissent sensiblement depuis plusieurs mois, le changement d'orientation de la Réserve Fédérale fut un accélérateur de ce mouvement, mais l'explication se trouve à l'origine dans la dégradation des fondamentaux économiques des principales économies émergentes (notamment Chine et Amérique Latine). Les grandes institutions internationales (OCDE, FMI) ont régulièrement revu leurs prévisions 2013 de croissance à la baisse. Pour notre part, OFP avait alerté dès la fin 2012 des risques qui pesaient sur ces économies. La perspective de réduction des injections de liquidités renforce la nécessité pour les investisseurs d'estimer avec une grande précision le risque pays idiosyncratique et ainsi des prix des actifs, c'est une bonne nouvelle in fine.

Alors que beaucoup de gestions envisageaient la poursuite en 2013 de la hausse des bourses européennes et américaines grâce aux injections de liquidités, est-ce que la FED ne vient pas de réduire ses espoirs à néant en sifflant la fin de partie ?

Gustavo Horenstein : Je ne le crois pas. La politique de la Fed a eu un rôle important sur les marchés actions mais c'est la croissance des résultats qui explique la majeure partie de la hausse des actions, notamment aux Etats-Unis. La politique monétaire a surtout permis de réduire la volatilité du marché en assurant aux investisseurs de la visibilité en terme de liquidité. Si la reprise du cycle mondial se confirme, le marché Actions peut poursuivre son rebond. En revanche, ce dernier se fera avec plus de volatilité.

Abbas Benboubker : Les injections massives de liquidité de la FED ont alimenté quasi exclusivement la hausse des prix des actifs depuis le début de l'année, un retrait de cette dernière devrait mécaniquement pousser les actifs financiers à la baisse. Néanmoins, d'autres éléments liées aux fondamentaux économiques mettent également à risque la valorisation des actions. Les perspectives de rendements des entreprises notamment, qui nous semblent surévaluées dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale. Les modèles de prévisions OFP sont négatifs sur les indices actions sur un horizon de trois mois, nos modèles basés purement sur la liquidité mondial et les injections des banques centrales sont également légèrement négatifs. De plus, le positionnement des marchés était jusque là à l'achat, des variations importantes à la baisse peuvent générer des mouvement de panique, avec des ventes forcées, le cas de la forte baisse de l'or, il y a quelques mois, est assez éloquent dans ce sens. La prudence est recommandée.

Rappelons que les injections de liquidités des banques centrales ne peuvent pas constituer une solution durable à la crise mondiale, qui est d'abord une crise de la dette accompagnée d'un choc démographique pour les pays développés. Seules les réformes structurelles peuvent répondre aux difficultés actuelles.

Quels scénarios vous paraissent les plus plausibles sur les marchés actions et obligataires ? Peut-on assister à un krach obligataire et à un retournement de tendance sur les actions ?

Abbas Benboubker : Nous anticipons un mouvement continu de hausse des taux d'intérêt qui testera la résistance de l'économie mondiale. Le point limite sera atteint lorsque les investisseurs considèreront ces niveaux de taux d'intérêt bloquant pour la reprise. Cette phase sera marquée par une dégradation des marchés du crédit et des actions. Nous considérons qu'une hausse supplémentaire des taux d'intérêt est probable à court terme, mais que la baisse des marchés actions qui suivra permettra aux courbes de taux de baisser à nouveau dans un second temps. Ainsi aux Etats-Unis, le taux à 10 ans qui est de 2,25% (en hausse de 60pb sur un mois) devrait approcher des 2,75% à court terme, avant de retourner vers les 2% sur le troisième trimestre sous la baisse des marchés actions.

Cette volatilité pourrait remettre en cause la politique de la Réserve Fédérale, et peut être plus inquiétant, être le signe que la Réserve Fédérale aura de grandes difficultés à sortir de sa politique trop agressive d'extension de son bilan, en place depuis 2007.

Encore une fois, nous recommandons la plus grande prudence dans cette période expérimentale de la Banque Centrale américaine.

Gustavo Horenstein :Les krachs sont toujours difficiles à anticiper car ils ont une composante irrationnelle. Ce qui semble évident c'est que les prochaines années ne seront pas très favorables aux obligations en termes de rendement ajusté du risque. Cependant, la détention d'obligations souveraines américaines ou allemandes ne s'explique pas essentiellement par la recherche de rendement. Une réaction violente du marché obligataire est possible si la Fed perd le contrôle de sa communication vis à vis du marché obligataire. Si sur le moment ce type de mouvement est défavorable à l'ensemble des classes d'actifs risqués, une fois l'orage passé, les actions peuvent reprendre leur tendance précédente comme elles l'ont fait après 1994 aux Etats-Unis.

Vers quel type d'actifs les investisseurs doivent-ils selon vous se tourner ? Existe-t-il un havre de paix vers lequel se tourner ?

Abbas Benboubker : L'abondance de liquidité a poussé à la hausse les prix de tous les actifs financiers, avec des excès importants dans quelques cas (le Nikkei, ou l'or par exemple), le risque de correction à la baisse est tout aussi important. Classiquement dans ces périodes d'incertitudes, il est recommandé de détenir des actifs de pays en excédents sur leurs comptes extérieurs et un budget bien géré. Les obligations allemandes de maturité longue semblent dans ce contexte assez attractives, il est également recommandé d'augmenter la poche de liquidité.
Gustavo Horenstein : Malheureusement, quant à la fois les actions et les obligations corrigent, seul le monétaire est un refuge.




La société Sicavonline fait appel à une équipe de journalistes professionnels en charge de la rédaction des articles de www.sicavonline.fr. Les conseils donnés relatifs aux instruments financiers ou aux placements sont en conformité avec la profession et sur la base de sources sérieuses et réputées fiables. La responsabilité d'investir ne saurait être imputée à la rédaction de Sicavonline du fait de leur utilisation.




© Sicavonline. Les contenus (vidéos, articles) produits par Sicavonline Partenaires font appel à des journalistes professionnels. Ils ne constituent pas des conseils en investissement ou des recommandations personnalisées. Le diffuseur n'a participé ni à l'élaboration de ce contenu ni à la sélection des valeurs/fonds mentionnés. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. L'investissement sur les marchés comporte un risque de perte en capital et aucune garantie de gain ne peut être octroyée.



A lire autour du sujet "La FED change de ton : à quoi s'attendre ?" :




Lettre d'info gratuite

 
Imprimer cet article

 
Augmenter la taille du texte

 
Réduire la taille du texte

 
Envoyer cet article

 
Fil RSS Sicavonline

 
Partager sur Facebook

 
Publier sur Twitter

 
Suivre @sicavonline





Abonnez-vous à notre newsletter
Pour mieux comprendre les stratégies financières et patrimoniales gagnantes, abonnez-vous :
En savoir +

Articles les plus lus

Abonnez-vous à notre newsletter
Pour mieux comprendre les stratégies financières et patrimoniales gagnantes, abonnez-vous :
En savoir +

SICAV et FCP les plus vus
Retrouvez sur Sicavonline

A court ou long terme, avec plus de 4 900 Sicav et FCP disponibles, le compte titres est le support idéal pour développer votre capital.
Jusqu'à
remboursés
A plus de 5 ans, le compte PEA, avec son cadre fiscal avantageux et ses 600 Sicav et FCP est le plus adapté pour épargner.
A plus de 5 ans, investissez dans des PME européennes au travers de 24 Sicav et FCP éligibles au compte PEA PME.
Grâce aux SCPI sélectionnées par Sicavonline, investissez dans l'immobilier à partir de 830 €, préparez vos revenus de demain et réduisez vos impôts. Nouveau : Découvrez les SCPI à crédit