Chine : faut-il vraiment s'inquiéter ?

13/04/2015 - 14:47 - Sicavonline (mis à jour le : 27/04/2015 - 16:38)



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Première partie du débat sur la Chine ayant réuni Pierre Sabatier, économiste de PrimeView, et Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM.




La Chine inquiète. Le 5 mars, Pékin s'est officiellement résigné à abaisser ses projections de croissance en 2015 en ne visant plus qu'une progression d'environ 7 % de son PIB. Dans un pays où les autorités s'évertuaient jusqu'alors à toujours s'écarter des attentes par le haut, ou à défaut s'ingéniaient à publier des statistiques immanquablement conformes à la décimale près à leurs prévisions "scientifiques", cette révision à la baisse des estimations d'activité sonne comme l'aveu que l'Empire du Milieu est en proie à des turbulences qui sont tout sauf anodines. Et parce que la République Populaire de Chine n'est plus un nain économique mais une puissance de plus en plus affirmée qui compte sur l'échiquier mondial, ce qu'il adviendra des économies développées et de leurs marchés boursiers dépend fortement de son sort. Cette seule raison suffit à ce que l'on y regarde de plus près la nature de la notable décélération de l'économie chinoise.

Pour ce faire, Sicavonline a convié Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM et Pierre Sabatier, économiste chez PrimeView, à nous fournir, lors d'un débat animé par Vincent Bezault, leur analyse sur les ressorts de la "crise" chinoise.

Pierre Sabatier et Frédéric Rollin ont tout d'abord croisé le fer quant à la nature du ralentissement chinois, que la doxa financière présente comme la résultante logique, et somme toute rassurante, d'une transition d'une économie industrielle tournée vers les exportations à une économie plus consumériste telles que celles des pays développés.

A cette vision consensuelle, l'expert de Pictet adhère plutôt. « Je crois que le ralentissement chinois est dans une certaine mesure assez naturel, » observe Frédéric Rollin. « La Chine ne peut pas avoir indéfiniment des croissances de l'ordre de 10 %. » Un tel niveau de croissance fait remarquer l'expert de Pictet AM coïncide ordinairement au passage « d'une économie rurale à une économie sidérurgique ». L'avènement, par la suite, d'une économie plus informatisée et de services induit automatiquement une décélération. « Il est donc assez normal d'avoir une croissance chinoise qui passe actuellement à 7 %, avant de descendre à 6 %, puis à 4 ou 5 % dans quelques années. »

Le hic selon Pierre Sabatier est que l'économie chinoise est très loin d'avoir abandonné son modèle d'exportateur industriel pour s'adonner aux délices de la société de services et de consommation. Même si le basculement de l'un à l'autre est « une volonté politiquement affichée » de Pékin,  « pour le moment, on ne voit pas grand chose, » à en croire l'économiste de PrimeView. Au contraire, l'investissement serait encore et toujours la clef de voute de la croissance de la Chine. « Lorsque l'on regarde le ratio investissement sur dépenses des ménages, on tourne aujourd'hui à 140 %, on a jamais vu cela dans l'histoire. »

Pour l'économiste de PrimeView, les chiffres en disent long : « dans les chiffres, on constate que
le moteur essentiel de la Chine reste l'investissement, (...) l'investissement dans les infrastructures publiques, les transports ferroviaires, les aéroports, les tours bien sûr qui sont la plupart du temps vides. (...) Il faut du reste aller sur place pour bien comprendre ce qu'est une économie tirée par l'investissement et frappée du coup par une surcapacité d'offre.» Une économie chinoise où « la consommation des ménages ne représente que de 36 à 40 % du PIB. »

Du côté de Pictet AM, on se préoccupe moins de l'existence de la transition puisqu'elle se manifeste d'ores et déjà au travers d'un faisceau d'indices —« les taux d'éducation sont en train d'augmenter, le pourcentage des exportations textiles diminue, celui des exportations électroniques croît, ce qui démontre que l'économie chinoise devient de plus en plus sophistiquée »—  que de l'emballement du crédit.

« En l'occurrence, on a des chiffres astronomiques, » indique Frédéric Rollin. « En 2008 et 2009, le crédit en Chine représentait 100 % du PIB, aujourd'hui on est plutôt à un niveau de 200 %. (...) De tels volumes de crédit placent la Chine à des niveaux comparables à ceux de pays développés... sauf que la Chine n'en est pas un. »

De l'avis du conseiller en stratégie d'investissement de Pictet AM, la vitesse à laquelle le crédit en Chine s'est lui-même développé est en soi un facteur d'alerte car comme l'indique une étude du FMI « une croissance du crédit très forte peut aboutir à des crises économiques ou financières graves. » Pour Frédéric Rollin,  il ne fait pas de doute que le problème a été identifié à la mi-2013 par le gouvernement chinois et bien que ce dernier s'efforce de le traiter, « c'est là que réside le plus gros danger pour l'économie chinoise. »

La capacité de Pékin à surmonter l'écueil précité n'est pas à tenir pour acquise au dire de Pierre Sabatier. S'il ne conteste pas à terme la maturation de la Chine en une économie plus auto-centrée, le président de PrimeView doute que les dirigeants chinois puissent y parvenir sans que l'Empire du Milieu connaisse quelques accidents. « [La Chine ] a été tellement loin dans un système tourné vers l'investissement et le levier de la dette qu'il me paraît extrêmement ardu de mener une transition réformiste (...) qui permettra de solvabiliser le marché intérieur. »

L'aria est que la Chine doit compter avec une contrainte politique. « N'oubliez pas que depuis toujours, vous avez un deal implicite entre le gouvernement chinois et la population : j'achète la paix sociale dans la mesure où je suis capable de créer 7 % de croissance par an. Sauf que, du coup, si vous tenez véritablement à solvabiliser votre marché intérieur, il vous faut augmenter les salaires (...), mais pour ce faire, encore faut-il que les entreprises disposent de marges suffisantes pour accepter cette inflation salariale, (...) qu'elles continuent d'être profitables. La réalité chinoise est qu'aujourd'hui les entreprises locales sont confrontées à un excès de concurrence, à des surcapacités de production. Elles ne peuvent par conséquent pas répercuter l'inflation salariale sur leurs prix de vente, et c'est bien cela le drame, parce que lorsque vous avez une augmentation de vos coûts de production et que vous n'avez pas la capacité de la répercuter sur vos prix de vente, (...) votre taux de marge s'effondre. »

Et d'après Pierre Sabatier, d'échappatoire il n'existe guère : « La seule manière de régler le problème serait d'accepter une récession brutale. (...) C'est-à-dire que le gouvernement accepte de se passer d'une partie des entreprises surnuméraires. »

A suivre, Vers une crise des subprimes à la chinoise ?

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