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L'effet pervers de l'action des banques centrales (2/2)

30/06/2020 - 11:56 - Sicavonline - La rédac'



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L'effet pervers de l'action des banques centrales (2/2)

Dans cette seconde partie de notre entretien avec Véronique Riche-Florès, économiste et fondatrice de Riche-Florès Research, nous abordons l'impact de l'action des banques centrales sur les inégalités.

VB : Je souhaite que nous abordions la question des inégalités et particulièrement des inégalités patrimoniales puisque lorsque l'on a une politique monétaire qui favorise les actifs financiers et immobiliers, est-ce que l'on n'a pas de facto un déséquilibre qui se creuse chaque jour davantage entre ceux qui détiennent ces actifs immobiliers et financiers qui voient le prix de ces actifs monter et ceux qui n'en n'ont pas et qui voient par ailleurs leurs conditions de vie se détériorer notamment parce qu'en ce qui concerne l'immobilier le niveau des prix, particulièrement dans les grands centres urbains, rend l'accès au marché très difficile.

VRF : Exactement, vous avez très bien résumé la situation qui est à l'origine effectivement d'un creusement des inégalités de plus en plus important, qui ne peut que croître avec le temps, et l'un des risques effectivement des conséquences de la pandémie de coronavirus c'est bien celui-ci également, c'est-à-dire une économie réelle qui va être démolie, à bien des égards, avec des entreprises qui vont disparaître, des problématiques d'emploi et, de l'autre côté, des politiques de banques centrales qui font ce qu'elles peuvent et interviennent de manière absolument nécessaire afin que cette crise de l'économie réelle ne se transforme pas en une crise financière majeure. Cependant en réalité, sur le long terme en sauvant la sphère financière, on n'autorise pas davantage le transfert de ces efforts de politique économique politique monétaire vers l'économie réelle. Donc, finalement c'est un cercle vicieux. C'est véritablement ce qui se profile  :  quelque chose dont on n'arrive pas à sortir qui in fine pose également la question de l' influence ou de l'hyper-influence des banques centrales sur nos modèles économiques au détriment de l'action des gouvernements, qui ont à la fois les banques centrales à leurs pieds pour exécuter quelque part leurs décisions, mais qui dans le même temps se retrouvent face à un modèle ou un système économique sur lequel ils n'ont plus prise, du fait de cette place effectivement trop développée, me semble-t-il, de la finance dans nos économies.

VB : La politique des banques centrales favorise la constitution d'épargne et favorise le placement de cette épargne dans les actifs financiers encore une fois.

VRF : Encore un élément qui vient plutôt jouer en faveur de l'érosion de la croissance de la demande et donc de l'entretien de la vie économique réelle et en particulier de l'investissement, parce que si vous avez peu de croissance ou une incertitude sur les perspectives de croissance de demande qui par ailleurs sont affectées par le processus de vieillissement et beaucoup d'autres éléments de nos modèles de croissance, finalement vous allez encourager l'épargne plutôt que la dépense et la croissance.

VB : Véronique, plus je vous écoute détailler les conséquences assez pernicieuses des actions actuelles des banques centrales, plus me vient à l'esprit une question, un peu iconoclaste je l'avoue, est ce que les banques centrales ne sont tout simplement en train de tuer le capitalisme ?

VRF : La question se pose. On a le sentiment d'abord que cette hyper-présence des banques centrales commencent à nuire à la démocratie parce que précisément une banque centrale a une certaine légitimité, mais qui n'est pas une légitimité démocratique. Les banquiers centraux ne sont pas élus par la population. Je pense que les Allemands en sont très conscients d'ailleurs, peut-être un peu plus que d'autres et que la décision de la cour de Karlsruhe peut aussi être vue non seulement comme une décision de protection des intérêts allemands en cherchant à limiter l'aide aux pays en difficultés que devraient financer l'Allemagne et la BCE, mais aussi tout simplement comme l'expression d'un souci de respect de la vie démocratique. Et la vie démocratique, c'est quoi ? C'est un gouvernement élu, des responsables politiques élus par la population qui doivent rester maîtres de l'évolution économique. Aujourd'hui, on voit que le pouvoir des banques centrales est en train de s'imposer partout, y compris aux gouvernements. C'est une perte de démocratie. En outre, démocratie et capitalisme ont toujours été de pair, donc votre question surgit à nouveau de fait, mais par ailleurs, est-ce que le capitalisme c'est l'investissement financier ou une disproportion de la finance par rapport à l'investissement dans l'économie réelle ? Je ne crois pas. Je crois que la survie du capitalisme passe effectivement par la survie du rendement économique et qu'aujourd'hui cette hyper-financiarisation de nos économies auxquelles participe l'action des banques centrales nuit effectivement au rendement économique et donc sur le long terme probablement au capitalisme.

VB : Je reviens à la question démocratique et notamment à ce que vous indiquiez. A savoir que les gouverneurs des banques centrales ne sont pas élus et qu'ils ont pourtant une influence considérable et inédite aujourd'hui sur le jeu économique et financier même s'ils échappent au contrôle démocratique. Mais est-ce que l'on ne peut pas voir le problème démocratique d'une autre façon. On peut se dire en effet que les banques centrales ne sont plus indépendantes puisqu'elles financent les Etats directement en monétisant les dettes, ce que l'on peut admettre d'ailleurs comme une nécessité dans le contexte actuel. Cependant au-delà de cette considération du moment et d'urgence, est-ce que si on admet qu'une banque centrale peut financer à volonté un Etat, elle ne déresponsabilise pas le politique et ne fausse pas en outre le jeu démocratique en procurant à ce même État des moyens infinis, ce qui peut aider un régime quel qu'il soit, quelle que soit sa nature, quelles que soient ses intentions à conserver le pouvoir ?

VRF : Vous n'avez pas tort, c'est un autre aspect de cette question qui tourne autour de la légitimité de l'action des banques centrales et de la limite à leur indépendance. Aujourd'hui, les banques centrales ne sont plus indépendantes. En fait, elles me semblent apparaître de plus en plus comme l'arme des États et c'était finalement également à coups de liquidités, on l'a vu ces dernières années, très nettement que finalement on mène la concurrence économique à l'échelle internationale, et les banques centrales sont en train de perdre leur indépendance incontestablement. Cela ne veut pas dire néanmoins qu'on gagne en démocratie. Je pense effectivement qu'en raison de l'hyper financiarisation de nos économies, cette indépendance des banques centrales est perdue, parce qu'elles sont de facto dépendantes de ce qui se passe sur les marchés financiers.  Elles sont dans la nécessité de protéger cette sphère qui est devenue cruciale dans nos économies. Dès lors, les banques centrales sont à la botte des Etats pour satisfaire à cet impératif. Tout cela ne conduit pas à établir des conditions économiques qui permettraient effectivement d'envisager une reprise ou un retour de conditions économiques optimales, fondées sur des investissements productifs générateurs d'emplois et de progrès pour l'avenir, génératrice également de rendement parce que finalement aujourd'hui on constate qu'on a des valorisations des actifs, en particulier des marchés d'actions, mais pas que, qui sont sans aucune commune mesure avec la réalité économique et ça c'est probablement effectivement à terme la mort du capitalisme, en tout cas du capitalisme acceptable.

VB : Comment peut-on sortir de cette impasse parce que ce que vous décrivez ce n'est ni plus ni moins qu'une impasse.

VRF : C'est une impasse. Je pense qu'il n'est pas très difficile d'envisager comment les choses peuvent se faire, vont se faire, parce qu'une telle concurrence également entre Etats et une telle situation financière créent  de telles ondes de choc dès qu'un État pourrait prendre certains risques que finalement tout le monde est tétanisé néanmoins je pense qu'effectivement soit on continue dans cette voie au point d'avoir une espèce de coup d'état politique dont on ne peut pas envisager la tournure qu'il prendra sur fond de crise sociale ou autre, soit l'Europe (on a droit peut-être encore de rêver un petit peu) prend conscience des dangers de cette situation et c'est peut-être là que l'Allemagne pourrait nous aider parce que précisément les Allemands sont beaucoup plus à cheval que nous sur l'indépendance des banquiers centraux et de la banque centrale. Pour sortir de ce guêpier, l'Allemagne participe, avec d'autres pays bien évidemment dont la France, à consolider la gouvernance européenne et œuvre par exemple en faveur d'une vraie politique de relance notamment climatique, une politique qui recréé les des bases de croissance économique, d'emploi et surtout qui redonnerait goût à l'investissement économique, c'est-à-dire la prise de risque économique

VB : Donc d'après vous les banques centrales nous ont jusqu'à présent sauvés ou ont sauvé le système financier au prix d'un creusement manifeste des inégalités mais la poursuite de leurs politiques non conventionnelles d'assouplissement quantitatif produisent des effets toujours plus délétères et pernicieux pour l'économie réelle ainsi que pour les équilibres temps sociétaux que démocratiques.

VFR : C'est exactement cela.  Je crois que la conclusion de tout ceci tient en une phrase : nous avons besoins des banques centrales pour éliminer ou contenir les risques ; il faut que les Etats, les politiques profitent de cette protection des banques centrales pour reprendre la main sur la direction d'économie et l'initiative économique. Sans cela, effectivement, se reposer uniquement sur les politiques de banques centrales est éminemment pervers sur le long terme.

 Retrouvez la première partie de cet entretien ici

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