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De la crise économique à la dépression en passant par la crise financière

23/03/2020 - 17:02 - Sicavonline - La Rédac' (mis à jour le : 04/05/2020 - 12:51)


De la crise économique à la dépression en passant par la crise financière

Troisième partie de la version rédigée de notre interview vidéo tournée le 19 mars avec Véronique Riches-Flores (RF Research).

Vincent Bezault : Véronique Riches-Flores, on mesure la magnitude du choc économique que représente cette crise sanitaire, mais il faut aussi qu'on aborde le chapitre financier. On sait l'impopularité du monde financier, sans doute à raison au vu de ses excès, notamment ceux de 2008, qui n'ont pas tous été purgés. Toutefois, on a l'impression, et j'aimerais avoir votre point de vue à ce sujet, que le choc est d'une telle violence sur l'économie, notamment parce qu'il frappe au cœur les services qui sont les grands pourvoyeurs d'emplois, que le système financier se retrouve sous une tension extrême, tout simplement parce que le risque de multiplication des faillites est exponentiel à la hausse.
Si le système financier craque, or des signes indiquent que c'est en train de se produire, en tout cas si l'on considère les marchés obligataires où l'on enregistre de très fortes tensions (d'où l'intervention de la BCE que je vous demanderai de commenter ultérieurement), on a le sentiment qu'on pourrait avoir une crise économique qui se double d'une crise financière, qui aggrave encore une fois la crise économique pour transformer une récession en dépression.

Véronique Riche-Florès : Vous avez très bien résumé les inquiétudes que l'on peut avoir aujourd'hui, c'est à dire qu'il y a la réaction des marchés, qui est somme toute normale, face à cette crise sanitaire et donc économique, mais cela va au-delà.
Je pense qu'il est important de rappeler le contexte de marché dans lequel apparaît cette crise sanitaire, parce que bien évidemment des conséquences s'en trouvent démultipliées et que la baisse des marchés d'abord fragilise un peu plus les entreprises. Elle risque de fragiliser des bilans, de conduire à des besoins d'augmentation de capital et derrière cette crise financière se trouve peut-être un aspect plus inquiétant encore, vous l'avez mentionné, une faillite des entreprises.

Cces dernières années, je le disais au début de cet entretien, on est allé chercher du rendement sur des titres de plus en plus risqués et, parmi ces titres, on a notamment les obligations des entreprises qui se sont développées comme des petits pains, qui souvent apportaient des rémunérations importantes, très significativement supérieures à ce qu'offraient les taux des emprunts d'Etat sécurisés (qui étaient négatifs d'ailleurs en zone euro) et, de fait, il y a eu un engouement absolument monumental pour ces obligations d'entreprises depuis plusieurs années. Il a même connu une accélération ces deux ou trois dernières années, de sorte que vous avez beaucoup d'agents, beaucoup de fonds qui sont détenteurs de ces titres de dette d'entreprises, et, plus on avançait dans ce contexte d'achat très agressif et de sous-estimation du risque, plus on allait chercher des titres de moins en moins bien cotés, puisqu'il fallait trouver de la rémunération et, par conséquent, plus on a accumulé du risque.

Parmi les investisseurs sur le marché des obligations d'entreprises, on distingue notamment des grandes entreprises qui après la crise de 2008 ont toutes eu, pour des raisons diverses et variées, besoin d'accumuler du cash. Ce cash a été placé au vu de le  rentabiliser et le rendement a souvent été trouvé dans ces obligations à haut risque dont une bonne partie correspond à ce qu'on appelle des obligations pourries, des junk bonds.
Tant que tout va bien, que les perspectives de croissance sont bonnes, qu'on a la garantie que les banques centrales peuvent parer à tous les risques, cela fonctionne très bien ; le jour où on a une crise comme l'actuelle, où surgissent des risques de faillite qui touchent particulièrement les PME, dont beaucoup se sont largement endettées grâce à la facilité qu'elles ont eue ces dernières années à emprunter sur les marchés, vous voyez à quel point, on a quelque chose qui peut se propager très vite et devenir un risque potentiellement systémique majeur.

Des banques détiennent également beaucoup de ce marché du crédit aux entreprises et sont probablement fragilisées par la crise qui s'abat aujourd'hui sur ce type d'actifs.
On a, donc, bien évidemment, un volet financier à la crise que l'on traverse, qui prend, à mon avis d'ailleurs, le pas sur le volet purement économique.

Si on n'avait qu'une crise économique sans l'aggravation financière, on serait sans doute beaucoup moins inquiets. Aujourd'hui, nous sommes face à une crise financière qui fragilise les banques et risque de générer des faillites, des besoins de nationaliser certains établissements, certaines entreprises. Cela aurait pu être le cas sans correction des marchés parce qu'il y a une crise économique quand même très sérieuse mais, à l'évidence, la correction des marchés augmente ces risques et les multiplie.

VB : Justement pour éteindre ou tenter d'éteindre un incendie la Banque Centrale Européenne (BCE) a décidé d'injecter 750 milliards d'euros dans le système. Elle va acheter une fois de plus des titres obligataires pour calmer l'extrême tension qui règne sur ces marchés. Est-ce que sincèrement cette action de la banque centrale européenne peut fonctionner ? Est-ce qu'elle peut vraiment enrayer la catastrophe qui menace ?

Véronique Riche-Florès : La réponse est clairement non. Maintenant, la Banque Centrale Européenne n'est pas la seule à agir, la Réserve fédérale américaine (FED) a déployé des moyens considérables ; on parle plutôt de 1500 milliards de dollars et davantage d'ailleurs quand on additionne tout ce qui est fait là-bas au niveau de la banque centrale. On voit donc que l'ampleur des mesures prises passe du simple au double selon qu'on est en Europe ou aux Etats- Unis, mais disons que le fait que toutes les banques centrales commencent effectivement à bouger toutes dans le même sens peut sécuriser un petit peu les choses. Est-ce que c'est suffisant ? Je n'ai pas l'impression en premier lieu parce que la BCE a commencé tard.

Rappelons-nous sa première réunion de crise. C'était le 12 mars, la BCE a déçu. Elle a déçu par rapport aux attentes des marchés et ses annonces ont été ridicules par rapport à l'ampleur de ce qu'on savait déjà de ce que serait la crise. Il y avait sans doute déjà un contexte très fragile et il était d'autant plus nécessaire que la BCE prévienne les choses. (…) Donc, on est satisfait qu'enfin la Banque Centrale Européenne prenne des mesures et des dispositions un peu plus en phase avec l'ampleur de la crise que nous traversons aujourd'hui.

Est-ce que cela est suffisant ? Non. Pourquoi ? Parce que nous sommes face à une épidémie dont on a beaucoup de mal à anticiper les évolutions. Les spécialistes, les médecins, les scientifiques sont extrêmement prudents. A l'évidence, nous sommes face à un virus dont on ne mesure pas ou on n'est pas certain de bien mesurer les développements à venir. Deuxièmement, mais ces incertitudes jouent dans cette appréciation, nous ne sommes pas encore au pic de l'épidémie, ça veut dire que, d'ici ce pic, nous allons traverser une période où les mauvaises nouvelles ne vont faire que s'accumuler. Il est évident que nous sommes en pleine phase d'accélération de l'épidémie.

C'est le moment où les cas vont on se démultiplier au jour le jour et croître constamment, où le nombre de morts va augmenter et sa progression accélérer. Cela donne finalement l'impression que les politiques économiques et monétaires, mais pas que, sont derrière la courbe de l'épidémie et de ce fait, je pense que l'impact de ces mesures est limité (…). Quand on commencera à voir une inflexion dans la croissance du nombre de cas, alors ces mesures seront sans doute mieux valorisées et plus efficaces pour stopper l'hémorragie notamment sur les marchés financiers.

Pour l'instant, il est absolument indispensable de prendre des mesures pour accompagner et limiter les pertes notamment du côté des entreprises, pour leur assurer un financement nécessaire, pour traverser cette période extrêmement compliquée, mais on ne peut pas considérer que ce soit suffisant, dans le contexte présent, tant que les mauvaises nouvelles vont s'accumuler.

(…)

VB : Dans ce contexte que peuvent faire les autorités monétaires et politiques ? Est-ce qu'il faut en passer par une nationalisation quasi totale de l'économie puisque on a des sociétés de toutes tailles, des petites, des moyennes, des grandes dont les activités sont totalement ou partiellement à l'arrêt ?

Véronique Riche-Florès : (…) Il y a deux types de mesures : d'abord, tout ce qui est de l'ordre de la protection sociale. Le fait de pouvoir mettre des personnes au chômage technique et que l'Etat couvre ce chômage technique et allège la charge des entreprises. Le but est de réduire au maximum les coûts des entreprises pendant cette période difficile et d'assurer leurs besoins de financement.
Quand vous donnez un moratoire ou décalez les échéances sur les cotisations sociales, les impôts et que, par ailleurs, vous donnez accès aux guichets bancaires aux entreprises en difficulté, en faisant intervenir BPI France pour garantir des emprunts, vous limitez la casse. Vous permettez, enfin c'est l'espoir et le but de toutes ces mesures, à l'entreprise de se maintenir en stand-by : il n'y a plus d'activité mais on ne coule pas bien qu'on n'ait pas de rentrées, car on réduit au maximum les sorties financières. Le personnel se retrouve au chômage technique dans bien des cas, mais temporairement. L'idée est de maintenir à flot le maximum d'entreprises et d'en laisser sombrer le moins possible afin qu'une fois qu'on aura dépassé ce stade de l'épidémie, l'activité puisse revenir et que ces gens puissent retrouver leur emploi. Bien évidemment, il y aura des faillites et une montée du chômage. Donc en ce sens ce ne sera pas suffisant.

Il y a donc un deuxième volet qui est de préparer les lendemains de crise. Manifestement, tout le monde a en tête que de telles crises épidémiologiques vont faire partie sans doute de l'avenir planétaire dans un contexte de réchauffement climatique et d'augmentation de la population mondiale. Dès lors, il faut s'y préparer et peut-être revoir les mécanismes de croissance de l'économie mondiale.

On parle de démondialisation, de rapprocher les sites de production des consommateurs, ce qui est absolument nécessaire, semble-t-il, si on veut être à la hauteur des enjeux climatiques, mais tout ceci ne se fait pas du jour au lendemain. Cela doit être accompagné, doit être programmé quelque part ou encouragé par les Etats. Ce ne sont pas les Etats qui vont bouger les unités de production d'un endroit à l'autre mais une stratégie industrielle, environnementale, climatique, sociale, une stratégie claire de la part des responsables et de la commission européenne qui permettra effectivement aux entreprises de prendre des initiatives parce qu'elles auront davantage de visibilité quant au positionnement européen par rapport à tous ces enjeux. On a un besoin de direction politique, pas seulement de liquidités des banques centrales. On voit bien d'ailleurs que toutes les mesures d'accompagnement des gouvernements, que ce soit au Royaume-Uni avec Boris Johnson ou en Europe et en France particulièrement, ont un impact, probablement plus d'ailleurs, dans la vie réelle que les mesures des banques centrales. Les mesures des banques centrales sont essentielles pour limiter la casse du côté des marchés et assurer la liquidité et puis il y a l'autre branche, qui est beaucoup plus structurelle, qui est de préparer le lendemain de crise. Cela ne veut pas dire des mesures immédiates. Cela n'est pas tellement la peine de mettre sur pied un plan de relance puisque de toute façon l'activité est paralysée mais le préparer pour demain est essentiel.




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