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Les enjeux pétroliers - entretien avec Benjamin Louvet (OFI AM) -1/3

02/04/2020 - 12:10 - Sicavonline - La Rédac' (mis à jour le : 04/05/2020 - 12:49)



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Les enjeux pétroliers - entretien avec Benjamin Louvet (OFI AM) -1/3

Voici la version écrite d la première partie de notre série d’entretiens avec Benjamin Louvet, spécialiste des matières premières chez OFI AM, au sujet de la question pétrolière et des défis qu’elle pose aux investisseurs.

Vincent Bezault : L'histoire retiendra sans doute que c'est le 6 mars 2020 que le monde est entré dans une crise pétrolière majeure aux conséquences majuscules pour toute l'économie de la planète. Ce jour-là, au siège de l'OPEP, le ministre russe de l'énergie, Alexander Novak, a indiqué que son pays se refusait à réduire la production d'or noir comme le suggérait l'Arabie saoudite. Cette dernière souhaitait obtenir un accord en ce sens afin de soutenir des prix pétroliers déjà en fort recul avec la crise du coronavirus. Devant le refus russe, les Saoudiens ont décidé unilatéralement d'augmenter très sensiblement leur production, ce qui a eu pour résultat immédiat de faire plonger les cours du pétrole de plus de 25% le 9 mars. Entre le 1er janvier et le 23 mars, les cours du brut se sont effondrés de près de 60% (NDLR : le 1er avril le repli depuis le début de l'année est désormais de 66 %). Benjamin Louvet, bonjour. Vous êtes un expert averti des marchés de matières premières. A quoi jouent Russes et Saoudiens ?

Benjamin Louvet : C'est une histoire très compliquée. On est dans le domaine de la géopolitique et de la politique et des lois de marché.
Prenons la politique et la géopolitique tout d'abord : il semblerait que les relations entre Saoudiens et Russes se soient un peu détériorées depuis que le ministre saoudien du pétrole a changé il y a quelques mois. Vous savez que Khalid al-Falih a été remplacé par Mohammed ben Salmane. C'est la première fois qu'un membre de la famille royale est ministre du pétrole. Normalement, les deux sont bien séparés en Arabie saoudite. A priori les saoudiens ont essayé de mettre la pression sur le gouvernement russe et ça a été très mal ressenti, ça, c'est la première chose ; la deuxième chose vient peut-être de la géopolitique. On a visiblement des Russes un peu agacés parce qu'ils essayent, dans le cadre du rapprochement qu'ils ont réussi à effectuer avec les Saoudiens depuis maintenant quelques années, de leur vendre un certain nombre de contrats, et notamment des contrats d'armement, en particulier leurs systèmes anti missiles S-400, et, les Saoudiens font de la résistance, ce qui irrite peut-être la Russie.
Le dernier élément aussi extrêmement important est que les Russes ont fait valoir une chose qui, pour moi, a plutôt du sens. C'est que dans la situation où l'on est, avec cette crise du coronavirus, on a un choc de demande extrêmement violent. Les Russes ont fait valoir que, dans un contexte pareil, baisser la production même d'un million et demi de barils par jour, ce qui pouvait paraître important à une époque, était peut-être un peu prématuré parce qu'on ignorait encore quelle était l'ampleur du ralentissement. On peut dire en cela que les Russes n'ont pas eu tout à fait tort puisque l'on voit qu'aujourd'hui on anticipe un ralentissement beaucoup plus fort de la consommation de pétrole, puisque les confinements se multiplient un peu partout dans le monde, et il n'est pas du tout évident que s'ils avaient voté cette réduction d'un million et demi de barils par jour, cela aurait été suffisant pour endiguer la baisse du pétrole. L'histoire leur donne d'ailleurs quelque peu raison sur ce sujet. Quand on regarde par exemple ce qui s'est produit en 2008, les Saoudiens et l'OPEP ont alors décidé de baisser la production dans le courant du mois d'octobre afin d'endiguer la baisse des prix du pétrole et cela n'avait absolument pas fonctionné. Quand on est dans une crise de demande, il est très difficile d'empêcher les prix du pétrole de baisser.

Donc, une fois qu'on est arrivé à ce désaccord, on est rentré dans une deuxième phase : les Russes et Saoudiens ont décidé d'augmenter leur production. Pourquoi ? Peut-être parce que il y a une sorte de pari qui est fait ici. C'est de se dire que cela est peut-être l'occasion de mettre à genoux des producteurs qui ont des coûts de production plus élevés que ce que peuvent avoir l'Arabie saoudite et la Russie.

VB : Vous pensez notamment au pétrole de schiste américain ?

Benjamin Louvet : Bien évidemment, on songe au pétrole de schiste américain. Un certain nombre des producteurs de pétrole de schiste ont des prix de production assez élevés, ils sont dans une situation financière déjà assez difficile et qui va énormément se compliquer avec la baisse des prix qu'on connaît actuellement.
Elle va être d'autant plus compliquée que ces producteurs de pétrole de schiste, qui étaient déjà largement endettés, avaient mis en place un certain nombre de couvertures pour se protéger contre une baisse des prix du pétrole si celle-ci devait intervenir. Mais pour éviter de trop perdre parce que ça coûte de l'argent de couvrir une production, ils ont mis en place des couvertures d'abord partielles, puisqu'ils ont couvert a priori en moyenne à peu près 43 % de leur production, mais avec des couvertures imparfaites.
On se rend compte que pour beaucoup d'entre eux la production a été couverte au travers de couvertures optionnelles qui les ré-exposaient au marché dès lors que le prix du pétrole passait sous les 45 dollars. On est aujourd'hui entre 20 et 25 $. Autant vous dire que les pétroliers de schiste n'ont pas fini de souffrir, et on le voit d'ailleurs : ce sont les grandes manœuvres. Beaucoup ont fait appel à des cabinets de restructuration et on a Occidental Petroleum notamment, qui a annoncé [le 22 mars] avoir trouvé ou être très proche de trouver un accord avec Carl Icahn pour essayer de se sortir de cette mauvaise passe. Occidental Petroleum est au demeurant un très bon exemple. Occidental Petroleum est une grosse compagnie de pétrole de schiste aux Etats-Unis. Le groupe avait annoncé l'année dernière le rachat d'Anadarko pour 38 milliards de dollars. [Mi-mars], la capitalisation boursière du nouvel ensemble "Occidental Petroleum + Anadarko" était valorisé en bourse à 15 milliards de dollars. Donc, les pétroles de schiste sont effectivement les premiers touchés mais ils ne seront pas les seuls. On peut citer notamment un certain nombre de pays de l'OPEP qui vont aussi connaître des moments très difficiles. On pense notamment à l'Algérie où les coûts de production sont plus élevés et où on pourrait voir des heurts sociaux se développer si la situation devait durer avec des prix aussi bas.

VB : La géopolitique est vraiment au cœur de cette affaire puisque on peut aussi estimer que les Russes en refusant un accord de réduction de la production ont incité les Saoudiens à agir avec dans l'idée de retrouver, vis-à-vis des Américains, du levier de négociation puisqu'ils savent pertinemment que le pétrole est un gros pourvoyeur d'emplois aux Etats-Unis...

Benjamin Louvet : C'est tout à fait possible, Vincent. D'ailleurs, on l'a bien vu, il s'est passé deux choses assez extraordinaires ces derniers jours. D'abord, on a eu jeudi dernier l'annonce par l'Etat du Texas qu'il envisageait de forcer les producteurs de pétrole de l'Etat à revoir à la baisse leur production de façon à essayer d'aider au rééquilibre du marché. On sait aussi que Donald Trump a parlé aux Saoudiens, notamment au prince Mohammed Ben Salmane. Les Américains sont en train de tendre une perche aux Saoudiens et aux Russes en leur disant « est-ce qu'on ne s'entendrait pas maintenant tous ensemble pour faire un effort pour juguler un peu cette baisse du prix du pétrole ? » Les Américains y ont clairement intérêt puisque comme vous le faisiez remarquer le pétrole de schiste est un gros pourvoyeur d'emplois aux Etats-Unis, non seulement directs mais aussi indirects : on estime que pour un emploi créé dans le pétrole de schiste aux Etats-Unis, ce sont huit à neuf emplois qui sont créés dans les emplois connexes. Par conséquent, l'enjeu est très important pour les Etats-Unis aujourd'hui. Il s'agit en outre d'un enjeu national puisque le développement du pétrole de schiste a permis aux Etats-Unis d'obtenir une plus grande autonomie pétrolière même s'ils ne sont pas encore complètement autonomes et ne le seront probablement jamais parce que ce pétrole, je le rappelle, a une qualité spécifique qui fait qu'aujourd'hui ils en produisent trop pour leurs propres besoins et c'est pour ça qu'ils en exportent alors qu'ils continuent à importer du pétrole plus lourd (NDLR : le pétrole de schiste est un pétrole léger que les raffineurs apprécient peu, leurs installations étant conçues pour traiter du pétrole plus lourd).

VB : Cette guerre commerciale entre les grands producteurs, qui peut la gagner et qui va la perdre selon vous ?

Benjamin Louvet : C'est une question qui est très difficile. On peut juste regarder un petit peu l'état des forces de chacun. Pour moi, ceux qui seront peut-être les mieux équipés dans cette situation, ce sont les Russes. Pourquoi ? Parce que d'abord l'Etat a la main mise sur la production et, donc, peut tout à fait et facilement mettre au pas ses compagnies pétrolières pour qu'elles fassent ce qu'il leur demande. La deuxième chose, c'est que la Russie a des réserves de change extrêmement importantes qu'elle a reconstituées au cours des dernières années. On estime aujourd'hui qu'elle a à peu près 600 milliards de dollars de réserves de change. La troisième force des Russes est qu'ils ont une monnaie flottante. Cela constitue un véritable avantage, vis-à-vis des Saoudiens entre autres, notamment parce que les producteurs de pétrole en Russie produisent et payent leurs charges en devise locale mais, à l'inverse, vendent leur pétrole en devise forte, en dollar ce qui leur permet de récupérer sur la baisse du rouble une partie de ce qu'ils perdent sur la baisse du pétrole. Les Russes ne sont, par conséquent, pas en trop mauvaise posture, d'autant qu'en plus ils ont averti que leur budget a été établi sur un prix du pétrole aux alentours de 40 à 45 dollars. Effectivement, le prix du baril se situe en dessous mais pas tant en dessous que ça de ce qu'ils avaient mis dans leur budget. Les Saoudiens, eux, sont dans une situation moins facile parce que, d'abord, ils ont besoin d'un prix du pétrole beaucoup plus élevé, s'ils veulent équilibrer leur budget (le FMI parle de 70 à 80 dollars le baril). Ensuite, leur devise n'est pas flottante, elle est amarrée au dollar. Non seulement, ils prennent de plein fouet la baisse du prix du pétrole mis en plus leurs réserves de change sont un peu moins importantes que celle des Russes. Ils ont à peu près 500 milliards de dollars de réserves de change, ce qui devrait leur permettre de tenir, on va dire 2 à 3 ans, sur la base des cours actuels, mais avec des défis sociaux qui seront extrêmement importants parce qu'il va falloir faire des coupes budgétaires. L'une des forces peut-être des Saoudiens est que leur Etat est pour l'instant assez faiblement endetté puisque sa dette est de l'ordre de 25% du PIB. Donc, il pourrait également avoir recours à l'endettement. Par conséquent, Russie et Arabie saoudite peuvent tenir quelque temps comme ça.

VB : nous aborderons ces questions dans une deuxième partie au cours de laquelle nous allons voir, entre autres, que le stockage du pétrole devient en lui-même un problème urgentissime.

Retrouvez la partie II et III de notre entretien sur le pétrole avec Benjamin Louvet ici :

Les enjeux pétroliers - entretien avec Benjamin Louvet (OFI AM) - 2/3

Les enjeux pétroliers - entretien avec Benjamin Louvet (OFI AM) -3/3

 

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